The sound chaser

Des pochettes de cds à chaque fois. Sans prétention aucune. Juste par coeur, la beauté ou l' étrangeté qui s'en dégage.

24 février 2007

Neil Young : Tonight's the night

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Neil Young - Tonight's the night (reprise - 1974)


* Come on baby, let's go downtown...


C'est l'histoire d'un album qui resta 2 ans sur les étagères de la maison de disques, Reprise, qui le jugeait trop noir, trop morbide, définitivement trop sombre. C'est l'histoire d'un deuil ou plutôt de deux deuils qui accoucha de cette galette sépulcrale.

Au départ il y a la mort par overdose de Danny Whitten, guitariste héroïnomane que Young engage en fin de tournée de 1972 (la tournée de Harvest), auparavant viré en 1970 du Crazy Horse en raison de sa dépendance. Young avait alors écrit la chanson "the needle and the damage done" en parlant des problèmes de la drogue dans Harvest. Whitten avoue avoir arrêté la drogue, il ment.

Incapable de plaquer plus de deux accords sur une guitare, Neil excédé, le vire dans un avion en direction de son domicile, lui confiant 50 dollars pour se payer le taxi.
Appel dans le studio lors des répétitions du nouvel album le soir même, Whitten est mort d'une overdose en s'étant payé sa dernière dose d'héroïne avec les 50 dollars que Neil lui avait donné.

Début de culpabilité qui ne le quittera plus avant longtemps.


* Roll another number (for the road)


Par la suite, Neil et ses roadies engagent une étrange tournée. Fatigué de toujours faire des chansons gentillettes et ayant les mains libres et une (presque) totale liberté par les sommes engrangées sur Harvest, le canadien en profite pour faire un film (démolit par tous les critiques du monde ou presque en raison de la médiocrité de ces scènes) et livrer un double album qui ne contient....Que des morceaux connus. En fait, "Journey through the past" est la bande son du film du même nom. Ni l'un ni l'autre ne seront réédités en dvd et cd, il faut le mentionner. Là encore, Neil se fait limoger. Le magasine Rolling Stones ne l'épargne particulièrement pas : " le moment le plus faible de la carrière de Neil Young. Qu'un quelconque film puisse justifier l'existence de ce disque est une question qui mérite d'être posée." gouuutte


Neil s'en fout pas mal de la reconnaissance publique, en fait il a d'autres chats a fouetter au moment même, l'ambiance entre les musiciens tourne au malaise pendant la tournée, ceci demandant une augmentation de leurs cachets. Peu après, le "road manager" jette l'éponge, suivi du batteur.
Plus grave, le public n'en a rien faire et gronde. Venu écouter un survivant de l'époque hippie déclamer ses tubes "babas" à la "heart of gold", ils sont complètement désarçonnés par les morceaux que Neil écrit alors. Pour ne rien arranger les choses, plus ils réclament un "tube", plus Neil les provoque en leur jettant un morceau âpre en forme de règlement de comptes.

Puis aux deux tiers du périple, ses cordes vocales le lâchent et il décide d'appeler ses potes de Stills, Crosby et Nash à la rescousse pour finir ce qui relève d'une tournée à la dérive totale. Stills est en empêchement pour cause de mariage avec une jeune chanteuse française (Veronique Sanson !) mais on pourrait se demander si ce n'est pas si il fait encore la gueule à Neil tellement leurs coups de gueules au sein de C,S,N & Y sont mémorables (écouter le live "four way streets" où les deux frères ennemis se lancent dans des duels en solos de guitare, chacun de leur côté !). Crosby et Nash répondent présent malgré que leur moral n'est pas non plus au beau fixe : la mère de Crosby se meurt alors d'un cancer quand à Nash, sa petite amie, vient d'être retrouvée poignardée peu de temps auparavant. Ambiance.

La fin de la tournée est tellement pénible que Neil annule les dates de tournée en Europe afin de se faire "réparer" sa gorge. Le douloureux et hallucinant live "Time fades away" hélas jamais réédité en cd (en fait y'a encore une poignée de disque du Neil qui ne sont pas réédités en cds, snif), ne contenant que des chansons inédites et écrites sur les routes (avec hurlements de public !) sera le parfait témoignage de ces étranges joutes.

Et puis un évenement imprévu précipite tout et va lancer l'engrenage d'écriture de "Tonight's the night"...



* Speakin Out


Young en profite pour prendre quelques vacances bien méritées avec ces compères de C,S,N,&Y a Hawaïi et décide de reformer le groupe avec eux afin d'écrire de nouvelles chansons, mais le projet avortera de lui-même : rentrés chez studio, les musiciens finissent par repartir chacun de leurs côtés tandis que Neil apprend la mort de Bruce Berry, autre habitué du Quatuor du cheval fou. Mort par overdose encore, c'est la seconde, et cette fois-ci, le coup atteint le canadien plus fort qu'il ne l'aurait pensé.

Sur le coup d'une profonde dépression nerveuse, il écrit une poignée de chansons morbides et hantées avec ce qui peut rester du Crazy Horse, agrémenté de quelques invités en plus, puis moral au plus bas aidant, se mettent en conditions : "Les musiciens arrivent généralement au studio vers 6 heures du soir, se fracassent la tête à la Tequilla cuervo gold et à l'herbe avant d'être dans l'état requis pour communier avec les esprits de Whitten et Berry, "morts pour le rock'n'roll". Les morceaux qui jaillissent de ces séances sont aussi torturés et rugueux que ceux de Harvest étaient paisibles et soignés. Young insiste pour ne garder que les premières prises, quitte a privilégier l'émotion au détriment de la performance musicale, à la manière des vieux bluesmen crachant leur bile comme si leur vie en dépendait."


* Lookout Joe...


La maison de disque, Reprise, verra ces chansons macabres d'un très mauvais oeil, suffisamment pour décider de ne pas le publier (le cas n'est pas nouveau, récemment rappelez vous combien de temps on a dû attendre pour le nouveau Fiona Apple - "extraordinary machine"), ce qui n'empêchera pas Neil de les défendre en concert, dans des lives aussi hallucinants qu'hallucinés. Notre canadien se présente donc sur scène dans une tenue débraillée, barbe de 3 jours, lunettes noires de deuil, veste crasseuse (voir la pochette du disque pour s'en convaincre) et n'oublie pas d'apostropher le public et roter sur scène tout en faisant des blagues d'un humour grinçant. Punk avant l'heure, plus rien a perdre.

" Les spectateurs n'en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles. Certains soirs, Young déclare toutes les consommations du bar gratuites, d'autres, il appelle les filles présentes a monter sur scène seins nus." gouuutte

Excédée, la maison de disque le sortira finalement, peu de temps après son autre chef d'oeuvre sombre, "On the beach" (écrit après et résultant lui, d'une rupture et d'un divorce !), pour donner le chef d'oeuvre très pessimiste et déprimant que l'on sait.


Les citations sont tirées du livre "Neil Young" d' Olivier Nuc.



Posté par Nio Lynes à 20:57 - Rock sombre - Un commentaire a laisser ? [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Toujours fan de Wyatt?

Alors va jeter un oeil là-dessus:
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Posté par patchworkman, 01 mars 2007 à 10:28

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