01 février 2009
Tangerine Dream : Atem

Tangerine Dream : Atem (1973)
On peut considérer ce disque comme un disque de transition entre la période chaotique des débuts ("Electronic meditation" --qui n'a de méditation que le nom parce que sinon c'est bourrinage à fond--, "Alpha Centauri", "Zeit" et ce "Atem") et la seconde période (plus planante --nos teutons sont des fans d'un certain Pink Floyd, ce qui ne les empêche pas de rester à leurs clavier et de faire leur zik dans leur coin sans tenter de copier ou faire dans l'hommage pompeux) qui s'ouvre au groupe dès lors qu'il signe chez Virgin en 1974 avec "Phaedra". Pourtant, on peut aussi dire que c'est un album à part entière.
Un album qui s'avère parfois à la limite de l'inécoutable et ce, dès la première piste. N'allons pas par quatre chemins, à l'instar de sa pochette étrange dont on ne sait pas si on doit la trouver belle ou inquiétante (je sais pas vous mais ce gosse me fout un peu les jetons), le disque s'ouvre sur une pièce d'une vingtaine de minutes, Atem qui noit des sonorités sous des percussions qui roulent sans fin. Une sorte de magma sonore confus qui se terminera dans une ambiance quasi lugubre où un vent sidéral obtenu par le synthé semble planer jusqu'a la fin. Aime-t'on Atem ? Je ne sais pas. En tout cas, ça demande dès le début une sacré dose de courage pour continuer jusqu'à la fin. La suite ne fait que le confirmer. Fauni-gena nous assène des bruits de jungle étrange avec toujours ces notes atmosphériques qui font froid dans le dos. Quand à Wahn, avec ses rires et ses voix étranges, c'est limite si on ne demande pas si on est tombé dans une tribu de cannibales. Un morceau étrange presque quasiment composé que de voix, aussi radical que les autres pistes. Et aussi à la limite de l'inécoutable.
Bref, c'est un album qui s'écoute comme une épreuve de force où l'auditeur est constamment vaincu, terrassé. J'avoue que contrairement à leurs oeuvres qui vont suivre, encore pas très commerciales (du moins en comparaison avec les albums de la fin 80's), je ne l'écoute pas toujours. Heuresement la suite sera bien plus mélodique et carrément géniale, ne le cachons pas.
Remarquez, si vous voulez faire peur à un ami, enfermez le dans une pièce avec le disque qui tourne très fort. Là, oui, vous obtenez un résultat qui surpasse les pires tortures infligées à Guantanamo. ![]()
24 avril 2008
Scott Walker : And who shall go to the ball ? And what shall go to the ball ?

Scott Walker : And who shall go to the ball ? And what shall go to the ball ?
Dans la lignée directe de The drift, son disque qui fait peur (si, si), Scott Walker embraye sur un projet experimental (euphémisme, après The drift, le déluge...) et surtout instrumental en 4 pièces d'a peine 6 minutes chacune. Une sorte de EP chaotique qui ne vous épargnera pas non plus.
Car "And who shall..." est bien le digne petit-frère de The drift. Si la première piste joue sur les silences et les cassures, la suite s'avère plus consistante, vous faisant traverser une sorte de Silent Hill crépusculaire hanté d'étranges ombres visqueuses. A l'écoute, on a peine à imaginer que tout soit composé pour un ballet de danse avec de jeunes handicapés, on pourrait même se passer d'imaginer quoi que ce soit tant la musique, hautement exigente et froide comme la mort se passe de quelconques images. Le final aboutit sur la dernière piste où tout semble comme suspendu, stoppé, figé net sur une ultime note prolongée, belle mais terrifiante qui ne semble ni plus ni moins qu'annoncer l'apocalypse...
04 juillet 2007
Scott Walker : Tilt

Scott Walker - TILT (1995 - Fontana/Warner)
Vous avez vus la pochette ? Indescriptible au possible, hein ? Eh bien à l'image de sa pochette, Tilt est un ovni inclassable à la limite de l'ambiant, l'indus, le chant de crooner (Scott Walker fut l'une des sources d'inspiration majeure de David Bowie et Neil Hannon (the divine comedy) par ces nombreux disques parfois très Brelliens des 60's mais par la suite, son chemin dévia vers des terres inquiétantes et désaxées) et la pop. En fait "Tilt" est la réunion à coup de baguette magique de tous ses ingrédients là, créant un drôle de paquettage.
On ne sait combien d'exemplaires ont pu se vendre de ce..."truc". Mais ce genre d'exercice de style, ça s'appelle de l'Art croyez moi. Et qui plus est, ce serait plus de l'art contemporain à défaut d'être populaire et universel car voyez-vous, c'est un disque difficile d'accès pour le menant, le gueux qui n'écouterez que de la musique "facile". Mais (ne m'envoyez pas de tomates pourries, j'en ai déjà plein dans le frigo entre le citron et les carottes merci) même l'amateur de musiques sortant de l'ordinaire sera pris au piège de cet attrape-oreille. Et ici, aucune référence a laquelle se raccrocher, nous sommes perdus face a une musique douloureusement bruitiste et mélancolique qui, au fil des écoutes, se laisse lentement s'apprivoiser pour délivrer une beauté incroyable. Oui, sans doute l'un des disques les plus difficile d'accès des 90's mais sans doute au final l'un des plus beaux.
Chef d'oeuvre sans nom.

edit ! Voici l'album à télécharger dans son entier ! Bonne écoute, bande de vauriens...Et n'oubliez pas, celà demande du temps, ce n'est pas un album facile, oh que non !
14 mai 2007
Lou Reed : Metal machine music

Lou Reed : Metal Machine Music
Oh le joli album inécoutable...qui s' écoute...Enfin pas non plus comme le ferait n'importe quel disque.
Difficile de parler d'un album comme ça, un monstre.
4 pistes instrumentales de 15 minutes chacune où Reed lance un gros
"fuck" à sa maison de disque d' alors, RCA qui publie contre sa volonté le
"lou reed live". 4 pistes intenses d' un chaos sonore qui raviront les fanas de Sonic
Youth, My Bloody Valentine et autres extrêmités sonores des plus étrangement expérimentales et feront fuir les autres,
moins habitués aux bidouillages sonores qui vont loin, très loin.
Certains s' exclameront bien sûr "que ce n'est pas de la musique, qu'il y a tromperie"
et pourtant musique il y a mais il faut plus lui chercher des liens de parenté
à l' industriel, au punk, au classique moderne et contemporain de
Lygeti et Webern et tous les courants déviants qu' a une forme simple
de musique basée sur la mélodie.
Avec ce disque, Reed rappelle qu'il a fait partie du Velvet Underground
et comme pour le Velvet, de la souffrance de l' écoute naît la beauté. Du
chaos océanique vaste et fumiste surgit le merveilleux, tout comme les
disques que j' ai précité.
Ici, on dira : "la seule B.O du monde vu par les amibes", oui pourquoi pas aussi, je suis bien d'accord. ![]()
10 octobre 2006
Scott Walker : The drift (2006)

Scott Walker - The Drift (4AD - 2006)
During the middle ages people
afflicted with the skin disease psoriasis
were known as the silver people
(Psoriasis)
Bienvenue chez David Lynch Scott Walker ! Nous l'avions quittés en 95 dans les abîmes ténébreux et bruitistes de Tilt et on le retrouve dans un monde parallèle fait de terreur et de ténèbres où la voix de crooner de Scott est l'unique fil rouge pour ne pas se perdre dans ce monde de bruits inquiétants, de pas qui résonnent, de morceaux de chair que l'on tape pour obtenir une rythmique adéquate, de résonnance dans le noir. D'ailleurs a bien des aspects, et je le dis pour ceux qui connaissent la bande son de Silent Hill 1 (le jeu, pas le film), The Drift s'en rapproche diablement tout en proposant un univers unique et personnel à la fois.
Et dans le noir, Scott nous parle des cosaques, nous murmure une histoire sur Mussolini et Clara, evoque le frère fantôme d'Elvis, le psoriasis, les infections, Milosevic et Srebrenica... On a vu plus gai, je vous l'accorde. D'ailleurs la teneur de l'album est noir sur toute la ligne dans un univers où très peu se sont risqués (Bashung, voire Akira Yamaoka)...
En un album de 10 chansons, Scott Engel Walker nous fait manger des ténèbres, en pleine gueule. La musique fait peur, qu'on soit dans le noir ou pas. C'est destructuré, halluciné, incompréhensible, terrifiant, bordélique. Et à la peur se mélange la fascination et déjà au prix de multiples et harassantes écoutes, on se sent chez soi, on est bien dans cet univers de putréfaction. Oui on y est bien.
Scott Walker vient de réinventer la musique de film d'horreur personnelle.
I' LL PUNCH A DONKEY ON THE STREETS OF GAILWAY !
(Jolson and Jones)
23 décembre 2005
Sigur Ros : ( )
Sigur Ros : ( ) - Pias. (2002)
Sigur Ros est une bande de rêveur perfectionnistes, ça ne fait plus de doutes. Choisissant pour son 3e album après Von et Agaetis Byrjun, de s' abstraire de tous carcans qui retiendraient leur musique, les 4 islandais qui continuent de chanter dans leur langue inventée (l' Hoppelandic, mélange d' Islandais et d' anglais) poussent le packaging très loin : Le disque est inscrit dans un plastique blanc à peine transparent qui dévoilent dans les trous creusés en formes de parenthèses, des formes grises étranges. Que l' on soulève cet étui plastique et le disque apparait et là, surprise, le boîtier transparent, livre un livret tout aussi transparent, fait de plusieurs feuilles de calques.
Des formes confuses, de terre, d' arbres, de racines et d' herbes apparaissent par un subtil jeu de couches grises plus sombres que d' autres sur le livret. Une manière très Kubrickienne de définir la pensée de ces 4 artistes par le "ne jugez que la musique et que la musique". Et partons d' ailleurs sur cette musique, sans titres aucun, à l' image des Selected Ambiants Works volume 2 d' Aphex Twin. Ne cherchez pas les titres, puisque je vous dis qu'il y en a pas. On appellera donc ça piste 1,2,3 etc... De toutes façons, ne le cachons pas, avec la musique de Sigur Ros, il faut se laisser porter, un peu à l' image du petit bonhomme somnambule derrière l' étui plastique.
Tous les titres reprennent donc la parenthèse du titre et sont d' ailleurs une sorte de parenthèse taillée entre lumière et ténèbres. Sigur Ros épure sa musique, qui se teinte de noirceur, comme si une certaine forme de déprime latente s' était installée chez nos islandais. Les morceaux s' allongent pour faire presque tous au dessus des 6 minutes, voire 12 minutes pour les pistes 7 et 8. Si l' album est en grande partie d'une teneur noire, la musique n' oublie pas pour autant d' ouvrir grand la lumière à certains moments essentiels (ouf). De plus, on sent dans toute la musique un renoncement qui confine parfois à la colère froide, à peine dissimulée. En celà, la piste finale résonne comme une détonation et une délivrance quand soudain le batteur laisse échapper toute sa folie dans une course éffraînée qui réapprend aux auditeurs que l' Islande n' est pas que glace mais aussi laves incandescentes et purs frissons.
Un grand disque (chef d' oeuvre pour ma part), isolé, qui suinte le renoncement, l' oubli, la solitude. A déconseiller toutefois aux dépressifs et agités de la vie qui ne prendraient pas pour les premier, le temps de respirer et pour les seconds, le temps de vivre.


